SUPERSTITIONS ET TRADITIONS
Tout le monde sait que la Marine est pétrie de traditions, et beaucoup de ces traditions ont pour origine des superstitions provenant du fond des âges, disons plutôt de la Marine en bois, c'est-à- dire de l'époque où on construisait les bateaux uniquement avec du bois.
Mais ces superstitions avaient des causes profondes, dont la principale était qu'à l'époque, dans la plupart des cas, on ne mourait pas en mer ... on disparaissait. Les marins "péris en mer" étaient bien peu à reposer dans les petits carrés de terre bénie de Bretagne ou de Normandie. Parce que le décès en mer escamotait les corps sans permettre de leur offrir une sépulture chrétienne, les superstitions attachées aux âmes errantes étaient pratiquement attachées au métier de marin. Et de ces superstitions naissaient des légendes qui planent encore sur des lieux de malédiction. Par exemple la Baie des Trépassés où les âmes des péris en mer se rassemblent à la Toussaint et tournoient parmi les écharpes du miz du, le mois noir.
Il est une autre superstition aujourd'hui disparue et dont on parle encore dans les postes d'équipage mais sous forme de boutade, c'est celle se rapportant au ..., à ...., enfin à un animal aux longues oreilles, (finalement peut-être n'est-elle pas vraiment disparue, cette superstition !) enfin quoi, au lapin. Car le lapin était réputé porter malheur au temps de la marine à voile. Les raisons en sont obscures, mais elles sont probablement liées à des nuisances réelles, peut-être à son gros appétit de rongeur qui pouvait attaquer aussi bien le bois de la coque que les cordages entreposés dans les soutes.
Et puis, il y avait les femmes, qui étaient mal venues à bord et qui ont été admises dans les équipages des bateaux (de guerre en particulier) il n'y a pas si longtemps. Il faut quand même dire, pour être objectif, que depuis tout de même beaucoup d'années, ce n'était plus la superstition qui empêchait les femmes d'embarquer. Nos bateaux, construits uniquement dans la perspective d'équipages masculins, ne comportaient pas encore les installations permettant de différencier les logements pour les femmes de ceux des hommes, et il était diifficile d'envisager de loger dans un même poste les deux sexes mélangés. Les "sakos" (fusilliers-marins chargés de la discipline à bord) auraient eu fort à faire.
Dans une prochaine note, j'aurai l'occasion de vous raconter certaines légendes nées de ces superstitions et aussi de certains faits maritimes réels qui ont engendré des legendes.