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Un profond sommeil de 92 ans.
La découverte, au large de la Sardaigne, de l'épave du Danton, un cuirassé français de la Première Guerre mondiale, a été annoncée le 19 février dernier. A l'intérieur reposent encore les corps de près de 300 marins. C'est une société néerlandaise de géotechnique qui a retrouvé ce vestige naval. Le navire hydrographique, inventeur (c-à-d. qui a découvert) de l'épave, accomplissait des études détaillées du fond marin afin d'établir le tracé d'un gazoduc entre l'Italie et l'Algérie..
19 Mars 1917 - La guerre s'étend jusque dans les eaux méditerranéennes où le Danton fait route vers l'île grecque de Corfou. La veille, le bâtiment et son équipage de 1 000 hommes ont quitté Toulon. Ils sont escortés par le torpilleur d'escadre Massue. Des renseignements faisant état de la présence de sous-marins ennemis en mer Thyrrénienne obligent le commandant du Danton, le capitaine de vaisseau Delage, à modifier son cap pour passer par l'ouest de la Sardaigne. Pas de vent, une mer calme. Des conditions climatiques qui ne laissent prévoir aucun drame.
Il est 13 H 15 lorsque la hune aperçoit un sillage dont l'origine est à environ 500 mètres du bateau, selon les témoins. L'alerte donnée, un seul coup de canon put être tiré. Au jugé. Deux torpilles, l'une à l'avant et l'autre au centre, frappent coup sur coup le monstre d'acier. Le commandant croit d'abord que son navire supportera le coup. Lorsqu'il ordonne d'évacuer dix minutes après, il est déjà trop tard. Tous les équipements électriques sont hors service, il est impossible de mettre les embarcations à la mer. Des radeaux de fortune sont composés en hâte. Le bâtiment qui s'incline met trente minutes à sombrer. "Vive la France !" salue le commandant, imité par les naufragés. 296 marins ne peuvent être secourus par le Massue qui assiste à la scène. Certains succombent à la congestion, d'autres à la fatigue. Le commandant reste agrippé à la passerelle jusqu'au bout. Ironie de l'histoire, c'est un sous-marin qui est l'auteur des tirs alors que le Danton s'était justement dérouté pour l' éviter.
Aujourd'hui, l'histoire refait surface. Et il y a la mer, profonde et infiniment sombre, qui lève le voile sur les derniers instants du Danton. L'interprétation de données sonar réalisée par la société à l'origine de la découverte révèle la présence d'une épave de 125 mètres de long et 27 mètres de large parmi un groupe de plus petits impacts. Sans doute les débris du fier cuirassé. Les données indiquent également que la proue de l'épave est inclinée sur le fond marin dont elle émerge sur quelques 15 mètres. L'agonie du Danton, la dispersion des débris et le choc final avec le fond marin ont aussi pu être reconstitués.
Il est fort peu probable que l'épave puisse être remontée à la surface, car elle se trouve à une très grande profondeur, avance la firme de géotechnie. Aucun plongeur ne peut l'atteindre, seulement des robots. Le Danton conservera donc jalousement ses derniers secrets à plus de 1 000 mètres sous la mer.
(Ce texte, dont l'auteur est l'aspirant Grégoire Chaumeil, a été relevé dans l'hebdomadaire COLS BLEUS n° 2901 du 14 Mars 2009)