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A plusieurs reprises, il m'est arrivé de contempler avec beaucoup de tristesse des bateaux "désarmés", c'est-à- dire retirés du service actif et destinés à la démolition.
L'émotion que j'ai ressentie à la vue de ces bateaux croupissant dans des darses isolées, voués à l'abandon et à la rouille, que personne ne regarde plus, m'a inspiré ce poême à la mémoire de ces navires et aussi des équipages qui les ont fait vivre.
Je l'ai intitulé : "Les Vieilles coques"
Ils furent la fierté, l'orgueil des équipages
Qui, ostensiblement, portaient sur leurs bachis
Leurs noms prestigieux, sonnant comme un hommage
Aux héros de l'Histoire de notre beau Pays.
Maintenant ils sont là, au milieu d'une darse,
Abandonnés de tous, silencieux et déserts,
Rongés jusqu'au bordage par la rouille vorace
Amarrés à des coffres par de vieilles aussières.
Ils ne connaîtront plus le bruit des cavalcades
Des marins appelés à leurs rassemblements,
Pas plus qu'ils n'entendront les curieuses aubades
Du clairon ponctuant les divers mouvements.
On les a dépouillés de tout leur armement.
Enlevés les canons et rampes de missiles,
Et de la passerelle aussi les instruments
Ont été débarqués, devenus inutiles.
Désormais, ils ne servent qu'à percher les oiseaux.
Mouettes et cormorans, dans les superstructures
Prennent toutes leurs aises, souillant de leur guano
Les ponts, les plate-formes, de leurs éclaboussures.
Les seuls bruits qu'on entend dans ces ultimes coques
C'est le sifflet du vent, les tôles qui gémissent.
De lugubres chansons dans de lugubres coques,
Les plaintes de bateaux prêts pour le sacrifice.
Je les ai contemplé pendant un certain temps,
Les imaginant neufs et tout frais de peinture,
Fendant les océans, pavillons aux haubans,
L'équipage à la bande jusque dans la mature.
Et j'ai été saisi d'une infinie tristesse.
Quand on casse un bateau, on détruit un passé
De généreux marins au fort de leur jeunesse
Auxquels ne restent plus que leurs yeux pour pleurer.
Et j'ai philosophé sur leur sort si cruel, en faisant abstration de la vie (et de l'avis) des marins :
Est-ce bien le destin d'un navire de guerre
De terminer sa vie à l'état de ferraille ?
N'eut-il pas préféré, navigant sur les mers,
Couler pavillon haut au cours d'une bataille ?
Bernard MALTER 14 décembre 2002